La coopération archéologique franco-tadjike

Le site protohistorique de Sarazm (Penjikent)
et le site hellénistique de Takht-i Sangin (Kobadian)

1./ TAKHT-I SANGIN (KOBADIAN)
Site hellénistique

Takht-i Sangin, près de Kobadian, est un site hellénistique remarquable du Tadjikistan, celui d’un sanctuaire dédié à la divinité de l’Oxus inséré dans une structure urbaine. Une nouvelle tranche de travaux est en train de se mettre en place dans le cadre de la coopération archéologique entre le Tadjikistan et la France.

2./ SARAZM (PENJIKENT)
Site protohistorique

Sarazm, près de Penjikent, est le site protohistorique majeur de la vallée moyenne du Zerafshan. Il s’agit d’une implantation proto-urbaine (4e – 3e millénaires av. J.-C.) unique à cet endroit, situé à des centaines de kilomètres des centres connus d’apparition de cette forme de société dans la région Indus-Baloutchistan, au Turkménistan, en Iran ou en Afghanistan du Sud.

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L’importance de Sarazm réside notamment dans le caractère exceptionnel de la présence de la civilisation proto-urbaine dans cette vallée si éloignée des grands bassins fluviaux de naissance des civilisations, entre le 4e millénaire (finissant) et le début de la deuxième moitié du 3e millénaire. Les ressources minérales attractives de la vallée du Zerafshan (or, étain, etc.) sont une cause possible de la présence attestée sur le site de vestiges "exogènes", qui proviennent d’aussi loin que la région de la mer d’Aral, de l’Iran de la mer Caspienne, du Turkménistan, du golfe Persique, de la région Indus-Baloutchistan, de la steppe sibérienne, du Badakhshan afghan (lapis-lazuli). Tous ces vestiges, attestent de l’attractivité étonnante du lieu à très haute époque. Suite à une présentation récente du dossier (2009-2010) ce site a été classé au mois de juillet 2010 sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO : Sarazm devint ainsi le premier site classé de la république du Tadjikistan.

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Une fouille franco-tadjike avait été menée par Abdullah Isakov et Roland Besenval de 1984 à 1997. De nouvelles recherches ont démarré en 2011-2012 pour une nouvelle tranche de travaux, dans le cadre d’un accord signé entre. Il est résolu de mettre en œuvre des publications, de contribuer à la mise en valeur du site et des antiquités, et de réaliser de nouvelles fouilles et prospections. La fouille porte avant tout sur les périodes des débuts du site encore mal connus, et sur la phase finale, qui reste encore à élucider. Des actions de formation sont prévues en archéologie et en restauration. Depuis la reprise des travaux nouveaux les actions entreprises et les découvertes effectuées ont été les suivantes.
En 2011 un laboratoire de restauration de terrain a été installé et équipé sur la base archéologique et Mmes Julie Nives-Nivou et Charlotte Rerolle ont restauré le matériel sorti des fouilles et des objets des collections de musées du site et de la ville de Penjikent : objets de métal, de pierre, de poterie.

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Rauf Razzokov et Frédérique Brunet (CNRS) se sont attachés à traiter le matériel lithique. Ils ont apporté des lumières nouvelles sur les technologies utilisées ainsi que sur la présence d’objets ou de matières premières (silex) exogènes, d’origine du monde des steppes ou des régions de la mer d’Aral notamment, domaine particulièrement bien connu de Frédérique Brunet qui y conduit des recherche sur la culture de Kel’teminar.
Benjamin Mutin (post-doc CNRS/Univ. De Harvard) a repris en 2013 l’étude des poteries de l’ancien chantier n°VII (dir. Abdullah Isakov et Roland Besenval) en vue d’une publication complètes de ce chantier, qui avait donné l’une des meilleures séquences stratigraphiques du site.
Sariel Shalev (Université de Haifa), dans le cadre du programme franco-allemand ANR-DFG « ROXIANA » (dir. Nikolaus Boroffka – DAI, Berlin- et Henri-Paul Francfort), a procédé en 2012 à un grand nombre d’analyses à la fluorescence X portable de poteries, dans le but de tenter de répondre aux questions posées par les compositions des céramiques, notamment pour ce qui concerne le problème des importations de céramiques manufacturées très loin.
Roland Besenval (CNRS), depuis 2011, avec Eric Fouache (PSUAD) et Lucie Cez (doctorante Paris-1), géomorphologues, s’est mis en quête des vestiges de canaux d’irrigation anciens : des restes de grands canaux ont été mis en évidence qu’il reste à dater avec précision.
Avant de reprendre des fouilles, la topographie du site a été entièrement refaite (Joël Suire, CNRS ; Ronald Schwerdtner) et une prospection magnétique a été menée par Sébastien Gondet (post-doc « Archéorients », Lyon). Elle a révélé de vastes bâtiments et des traces importantes, peut-être indicatrices d’activités artisanales.
Benjamin Mutin a dirigé la fouille de nouveaux chantiers : le n° XIV qui a donné des architectures ; le chantier XV, une grande fosse, a fourni 500 kg d’ossements d’animaux et le chantier XVI, avec une belle séquence architecturale de successions d’habitats et de fosses, a donné un grand nombre de restes carbonisés et d’ossements en contexte.
Sébastien Lepetz (CNRS, MNHN) a entrepris en 2013 l’étude des quantités d’os collectées en 2012 et 2013, avant de s’atteler aux collections plus anciennes, et Charlotte Hallavant (Université de Montpellier) a déjà récolté par flottation et tamisage une dizaine de kilogrammes de vestiges carbonisés de bois et de graines qui seront étudiés par Margareta Tengberg (Professeure au MNHN).
Dans cette nouvelle phase de recherche à Sarazm, le traitement en masse des données, qu’elles proviennent de fouilles anciennes ou de fouilles nouvelles donne déjà d’excellents résultats dont l’exploitation va donner prochainement à l’équipe franco-tadjike la possibilité de proposer des schémas historiques entièrement nouveaux et affinés de l’évolution et de l’adaptation des sociétés protohistoriques dans cette région.

Dernière modification : 28/05/2014

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