IN MEMORIAM – Roland Besenval (1947-2014)

Roland Besenval, responsable français de la mission archéologique franco-italienne au Sultanat d’Oman (secteur de Sur-Qureyat), directeur de la Délégation Archéologique Française en Afghanistan (DAFA) de 2002 à 2009 et directeur de recherches au CNRS jusqu’en 2012, s’est éteint prématurément à l’âge de 66 ans le 29 septembre 2014 à Sarazm au Tadjikistan.

Diplômé en 1972 de l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales (INALCO) en persan et en histoire et cultures des mondes islamique et iranien, il avait suivi un cursus d’histoire de l’art et archéologie à l’Université de Paris 1 – Panthéon-Sorbonne. Formé à l’archéologie orientale par le Prof. J. Deshayes et initié à l’école théorique de J.-C. Gardin, Roland Besenval rejoignit, entre 1972 et 1974, les travaux de fouilles conduits par P. Bernard sur le site hellénistique d’Aï Khanoum en Afghanistan et fut membre, de 1973 à 1980, de la mission archéologique dirigée par J. Deshayes à Tureng Tepe (Iran). Après sa Licence, il participa à deux campagnes de fouilles sur le site de Shabwa (Yémen du sud) sous la direction de J. Pirenne (1976-1977) et aux prospections de mines anciennes conduites par T. Berthoud en Iran, en Afghanistan et au Sultanat d’Oman (1976-1978). S’intéressant plus particulièrement aux savoir-faire et artisanats des sociétés anciennes, thème qu’il enseigna dans le cadre d’une charge de cours à l’Université de Paris 1 entre 1974 et 1981, il soutint, en 1981, une thèse sur la technologie de la voûte en Orient ancien (publiée en 1984 aux éditions ERC). Sa passion pour la découverte des cultures de l’Asie le conduisit, après la thèse, à accepter un poste de pensionnaire scientifique à l’Institut Français d’Archéologie du Proche-Orient (IFAPO) de Beyrouth (Liban) en 1981-1982, transféré à New Delhi, en 1983, à la mission archéologique franco-indienne (MAFI) (Dir. : H.-P. Francfort). Il participa également, entre 1980 et 1982, aux fouilles du site de Hili (Émirats Arabes Unis) sous la direction de S. Cleuziou.
Recruté comme chargé de recherches au CNRS en 1983, Roland Besenval rejoignit l’UPR 315 du CNRS (Dir. : J.-C. Gardin puis H.-P. Francfort) et décida de consacrer une partie de ses travaux à l’étude des cultures protohistoriques d’Asie centrale dans le cadre de la Mission Archéologique Française en Asie centrale (MAFAC). Il participa, dès 1984, aux fouilles archéologiques sur le site de Sarazm (Tadjikistan) avant de prendre la direction du programme franco-tadjik. L’un de ses principaux apports fut la fouille du chantier VII de Sarazm qui apporta des preuves de l’existence de liens entre ce site et les régions du Balochistan pakistanais et du sud de l’Afghanistan à la période Chalcolithique. Sous l’impulsion des découvertes réalisées par la Mission de l’Indus (Dir. : J.-F. Jarrige) sur les sites de Mehrgarh et de Nausharo (Balochistan septentrional, Pakistan), qui renouvelèrent significativement la connaissance de la protohistoire du sous-continent indo-pakistanais, en 1987, Roland Besenval s’associa également, dans le cadre de la MAFAC, au programme de la « mission historique, archéologique et environnementale italienne au Makran » (Balochistan méridional, Pakistan) dirigée par le Prof. V. Fiorani-Piacentini. Sur les traces du grand archéologue Sir A. Stein, qui conduisit, à la fin des années 1920, les premières explorations dans cette région considérée comme un « no man’s land » archéologique, son travail préliminaire de prospection et sa persévérance lui permirent d’élaborer en 1992 un programme de recherche pluridisciplinaire consacré aux premières oasis et aux communautés de pêcheurs, du Ve millénaire à la période islamique : la Mission Archéologique Française au Makran (MAFM). Les activités développées au Makran jusqu’en 2007, en collaboration avec le département d’Archéologie et des Musées du Pakistan, forment à ce jour l’unique projet d’envergure conduit au Balochistan méridional. Roland Besenval, promu directeur de recherches au CNRS rattaché à l’UMR 9993 (Dir. : J.-F. Jarrige), révéla la richesse de la culture matérielle du Makran protohistorique, qui témoignait de liens avec le sud-est du plateau Iranien, la vallée de l’Indus, l’Asie centrale et la péninsule d’Oman.
Parallèlement à ses travaux au Makran, il entretint des relations suivies avec les chercheurs centrasiatiques et afghans, ce qui lui permit, en 2002, de rouvrir la Délégation Archéologique Française en Afghanistan (DAFA), qu’il dirigea jusqu’en 2009. Il réalisa le « rêve » du fondateur de la DAFA, Alfred Foucher, en identifiant à Balkh des vestiges de la Bactres hellénistique ; il entreprit également la fouille du site gréco-bouddhique d’Al-Ghatta interrompue pour des raisons de sécurité, conduisit de nombreuses prospections en Bactriane afghane, dans la région du Wardak, et lança des opérations à Hérat et sur le site de Cheshme Shafâ. Nul doute que ses successeurs à la tête de cette institution, n’auront de cesse de lui reconnaître cette importante contribution. En 2011, alors que les travaux au Baloutchistan pakistanais étaient interrompus pour des raisons politiques, Roland Besenval entama, en collaboration avec le Prof. E. Fouache, un programme de reconnaissances archéologiques et géo-morphologiques autour du site de Sarazm, au Tadjikistan. Infatigable archéologue de terrain, il prit également la direction, en 2012, d’un projet d’étude géo-archéologique au Sultanat d’Oman dans le cadre d’une mission franco-italienne, et réalisa plusieurs missions d’expertise en Iran du sud-est.
Figure reconnue de la tradition française de coopération archéologique à l’étranger, Roland Besenval siégea à la Commission Consultative des Recherches Archéologiques à l’Étranger du Ministère des Affaires Étrangères de 1997 à 2005. Il était décoré de l’Ordre National du Mérite et de la Légion d’Honneur. Son engagement et sa persévérance à développer des travaux dans des régions réputées difficiles lui ont permis d’acquérir une renommée internationale et l’amitié de très nombreux partenaires en Asie. Sur le point de participer à de nouveaux travaux en Iran et au Pakistan, il a achevé son parcours sur les routes d’Orient avec la satisfaction d’avoir pu transmettre ses acquis et son expérience du terrain à ses plus proches collaborateurs qui le regrettent profondément. Ceux-ci garderont le souvenir d’un archéologue passionné, courageux, généreux, mais aussi d’une très grande modestie et qui laissera une empreinte durable dans l’archéologie asiatique.
Aurore Didier, chargée de recherches au CNRS, UMR7041 Archéologies et Sciences de l’Antiquité
Henri-Paul Francfort, président du Conseil Scientifique du Pôle TRIAC du Ministère des Affaires Étrangères et du Développement International
Benjamin Mutin, chercheur post-doctoral à l’Université de Harvard

Dernière modification : 25/11/2014

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