Coopération scientifique, notamment en astrophysique

En cette année marquant le 400ème anniversaire de la création du télescope par Galilée, l’ébauche d’une coopération franco-tadjike, dans les années 2006-2008 mérite d’être rappelée.
Il faut espérer que les excellents contacts noués entre astronomes français et tadjiks se poursuivront, même en l’absence de financement sur les fonds de la coopération culturelle et scientifique.

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Rapport mis en ligne par l’équipe de MM. Dubos et Bouley :

Mission Uranoscope de France – 23 mai au 4 juin 2007
Coopération avec l’Institut d’Astrophysique de
l’Académie des Sciences du Tadjikistan

Cette première mission a été réalisée par Guillaume Dubos, directeur de l’observatoire de l’Uranoscope de France et Sylvain Bouley, délégué général adjoint de l’Uranoscope de France et planétologue à l’Université Paris Sud. Elle a eu lieu dans le cadre de l’accord de coopération signé le 3 juin 2007 entre l’Uranoscope de France dirigé par Jean Audouze et l’Institut d’Astrophysique de l’Académie des Sciences du Tadjikistan dirigée par Dr Khursand Ibadinov. Cet accord de coopération a pour but de developper les liens entre la recherche scientifique française et tadjike. Dans cet accord, l’Uranoscope de France et l’Institut d’astrophysique s’engage à developper des échanges et des formations de personnel ainsi que des missions d’observations communes. De plus une remise en état de fonctionnement du télescope de de 40 cm de diamètre de l’observatoire d’Hissar sera prioritaire. Enfin l’Uranoscope de France s’engage à offrir une caméra CCD afin de moderniser ce même observatoire.

Le but de cette première mission était d’évaluer toutes les possibilités pour l’Uranoscope de France de travailler avec les chercheurs de l’Institut d’astrophysique. Durant cette mission, les membres de l’Uranoscope de France ont pu commencer à moderniser l’observatoire de Hissar et ont visité l’observatoire de Sanglokh qui pourrait être l’objet d’une rénovation dans le futur. De plus de nombreux points de coopération ont été abordés et seront décrits par la suite.

1. Observatoire de Hissar

Présentation

L’observatoire de Hissar situé à 15 km de Douchanbé a été crée dans les années 1960 afin de développer la recherche en astrophysique au Tadjikistan. Cet observatoire est composé de 4 coupoles principales avec des télescopes de 1m, 70cm, 40cm et 25cm de diamètre. Seuls les trois premiers télescopes sont encore en état de fonctionnement. De plus, sur le site de l’observatoire se trouvent deux radiotélescopes hors d’usage qui permettaient d’étudier la ionosphère, couche supérieure de l’atmosphère. Enfin, un réseau de 20 télescopes de 25cm de diamètre permet encore aujourd’hui d’étudier les météores grâce à des photographies du ciel entier.

Actions de l’Uranoscope de France

La mission des membres de l’Uranoscope de France avait pour but de commencer la modernisation de l’astrographe Zeiss de 40cm, lunette exclusivement dédiée à la photographie. Pour cela, l’Uranoscope de France a offert à l’Institut d’Astrophysique une caméra numérique ST7 et un ordinateur portable d’une valeur approximative de 3000 euros afin de l’adapter sur l’instrument de 40cm. L’action des membres de l’Uranoscope s’est déroulée en deux points :

Il a été important durant cette mission d’étudier comment il était possible d’adapter la caméra numérique sur l’astrographe. L’astrographe étant composé d’une plaque photographique à sa sortie, il a été nécessaire de réaliser le plan d’un support pouvant se mettre à la place de la plaque. Ce support pourra accueillir la caméra et sera réalisé dans les semaines à venir par l’Institut d’Astrophysique. Désormais l’astrograhe Zeiss sera équipé d’un moyen de prise de vue numérique.

Pour moderniser les prises de vue astronomiques, il a été décidé de commencer l’imagerie numérique. Les membres de l’Uranoscope ont réalisé durant cette mission des séances de formation. Dans ce but, l’Uranoscope de France a apporté un télescope de 127mm de diamètre qui a permis aux astronomes de s’entrainer à l’acquisition avec la caméra ST7. Durant quelques nuits, des images ont été réalisées. Pendant le jour, les astronomes ont appris à exploiter ces images afin de les rendre utilisables pour leurs recherches. Ainsi une fois que la caméra sera installée sur l’astrographe de 40 cm, les astronomes pourront utiliser cette formation pour réaliser des images. La caméra ST7 leur permet une bonne initiation à l’utilisation de l’imagerie numérique et pourra leur donner les acquis pour choisir eux-même leur future caméra.

Amélioration future de la coupole et de l’astrographe de 40cm
Il est important de noter que la coupole et le télescope de 40cm ont été bien entretenu durant les dernières années et que tout le matériel est en état de marche. Ce télescope a une optique et une mécanique de qualité, ce qui permet de réaliser des travaux scientifiques de haut niveau. En permettant de faire de l’imagerie numérique sur ce télescope, nul doute que ce télescope apportera entière satisfaction. Dans un futur proche, lorsque les astronomes de l’Institut auront les connaissances suffisantes à l’utilisation d’une caméra, il sera vraiment important de remplacer la caméra ST7 par une caméra plus perfectionnée. Cette caméra d’un cout approximatif de 25000 euros permettra de réaliser des images grand champ du ciel et répondra aux attentes des astronomes pour l’étude des astéroïdes et des comètes.

2. Observatoire de Sanglokh

Présentation du site

Durant cette mission, les membres de l’Uranoscope de France ont pu se rendre sur le site de l’Observatoire de Sanglokh. Cet observatoire est situé à environ 90 km au sud-est de Dushanbe à une altitude de 2300 m. Crée dans les années 1980, ce site possède deux observatoires et offre un ciel d’excellente qualité comparable au ciel des plus grands observatoires mondiaux. Le premier contenait un télescope de 60cm mais l’observatoire est aujourd’hui vide.Le second situé sur une tour de 20 m contient un télescope de 1 mètre de diamètre destiné à l’étude des comètes. Ce télescope est l’objet de notre étude.

Télescope de 1 mètre de diamètre

Ce télescope (de type Ritchey Chretien) de 1 mètre est aujourd’hui complètement hors d’usage. Tout d’abord la coupole de ce télescope ne peut plus s’ouvrir à cause d’un problème mécanique. De plus le système électrique de contrôle n’est plus du tout utilisable. Ce système est complètement obsolète et ne sera pas facile à réparer. Il est important de souligner que toute la partie optique du télescope est entièrement intacte. Un même télescope se trouve au Kazakstan et est en état de marche. Afin de réparer le télescope de Sanglokh, il serait intéressant de faire venir des ingénieurs kazaks afin qu’ils puissent dresser un devis de réparation du système de contrôle. Si ce devis se révèle trop élevé, il serait peut être intéressant de moderniser le contrôle du télescope par une électronique de pointe. A l’heure actuelle, aucun instrument ne se trouve connecté au telescope. Si le télescope est de nouveau en état de marche, il faudra alors investir dans des instruments de pointe comme un spectrographe et photopolarimètre. La rénovation totale de ce télescope pourrait avoir un cout approximatif compris entre 200 000 et 300 000 euros. Ce prix n’est pas excéssif sachant que le prix d’un télescope d’1 mètre coute environ 10 à 15 fois plus.

Le site de Sanglokh offre un ciel d’excellente qualité et offre dejà des infrastructures assez complètes. Il serait dommage de le laisser en l’état alors qu’il pourrait être facilement réutilisable dans le futur par toute la communauté scientifique d’Asie centrale.

3. Coopération scientifique entre la France et le Tadjikistan

La coopération scientifique à court terme entre les deux parties se résume en deux points.

Accueil d’un étudiant chercheur dans un laboratoire Français.
Afin de développer rapidement une coopération entre les deux pays, il serait facile d’accueillir dans un laboratoire français un étudiant chercheur de l’Institut d’Astrophysique. Cet étudiant pourrait rester pendant environ 4 à 5 mois sur Paris et venir faire une partie de sa thèse dans un laboratoire qui traite du même thème que son travail. Naturellement cet étudiant devra parler au moins l’anglais. Comme les membres de l’Uranoscope ont pu le constater, très peu d’étudiants parlent anglais. Le choix s’avère donc réduit et une étudiante comme Feruza Rachmatullova qui commencera sa thèse en septembre prochain pourrait tout à fait répondre au critère. Cette étudiante travaille sur les météores et pourrait très bien faire son stage dans un institut comme l’Institut de mécanique céleste, l’observatoire de Paris ou de Meudon. L’organisation de ce voyage pourrait être prise en compte par l’ambassade de France qui pourrait se proposer d’offrir le billet d’avion et d’aider l’étudiant à se loger en lui offrant une indemnisation mensuelle. L’Uranoscope de France s’engagerait à trouver à cet étudiant un maitre de stage et à le suivre durant tout le stage afin que cette période se passe au mieux. Ce premier type de coopération permettra de créer un lien fort entre la France et le Tadjikistan. Il pourra déboucher à long terme sur une coopération sur des sujets précis.

Insertion de l’Institut d’Astrophysique de Dushanbe dans le programme de suivi des astéroïdes.

Une fois que l’équipe de l’Institut d’Astrophysique aura acquis les connaissances nécessaires à faire de l’imagerie numérique, une deuxième mission organisée par l’Uranoscope de France pourrait être envisagée afin de parfaire la formation des astronomes tadjiks dans le traitement des données. Il est nécessaire que les astronomes tadjiks sachent comment exploiter leurs images au maximum afin par exemple d’étudier la variation de luminosité d’astéroides. Cette seconde formation de perfectionnement permettra aux membres de l’Uranoscope de verifier les acquis des astronomes tadjiks, de les insérer dans le programme de suivi des astéroïdes.

Ce programme recherche dans le monde entier des observatoires capables de suivre des événements locaux. Ainsi l’observatoire de Hissar ne pourra être qu’un plus dans ce programme et permettra à l’Institut d’astrophysique de s’associer à un programme international d’observation. Cela leur permettra également de mener leur propres programmes de recherche concernant notamment l’étude de la luminosité de comètes ou d’étoiles.

Conclusion

Cette première mission a montré que le Tadjikistan offrait à ses astronomes de nombreuses infrastructures mais qu’il était absolument nécessaire de les moderniser afin que l’astronomie tadjike puisse être au niveau de l’astronomie actuelle. La remise en l’état du télescope de 40 cm de diamètre a été quasiment effectuée durant cette mission et il sera en état de marche dans les prochaines semaines. Aujourd’hui les astronomes tadjiks sont capables d’ acquérir des images numériques et les mois à venir leur permettront de se perfectionner dans cette technique. Il sera nécessaire d’organiser une seconde mission de l’Uranoscope afin de perfectionner leurs connaissances. De plus, il a été impossible pour les membres de l’Uranoscope durant cette première mission de se rendre dans l’observatoire du Pamir pour cause de mauvais temps. Durant la deuxième mission, il sera important de se rendre sur le site du plus haut observatoire du monde situé à 4350 m d’altitude qui offre certainement l’un des meilleurs ciels de notre globe, afin de décider d’une éventuelle rénovation.

[Lien : www.g3rep.com/files/rapport_tadji.doc]

Dernière modification : 20/11/2012

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